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Nous sommes 7 milliards, il faut se parler!


La population de la Terre vient d’atteindre un nouveau cap. Et il n’a fallu que 12 petites années pour passer de 6 à 7 milliards en 2011. Tout s'accélère, et ce n'est pas sans conséquence. Les besoins alimentaires comme ceux de toutes les ressources, énergétiques en particulier augmentent pareillement. Pendant combien de temps pourrons-nous continuer comme si de rien n'était?



Ainsi, un nouveau record vient d'être établi: 7 milliards d'habitants. Du jamais vu!  Et il n’a fallu que 12 petites années pour passer de 6 milliards d’habitants, en 1999, à 7 milliards en 2011. Tout un contraste par rapport aux 250 000 ans qui ont été nécessaires pour que la population de la Terre atteigne pour la première fois la marque de un milliard d’habitants, vers l’année 1800, et plus d’un siècle pour passer de 1 à 2 milliards, en 1927. Puis, 33 ans suffirent pour faire passer la population mondiale à 3 milliards (1960), un autre 14 ans pour franchir le cap des 4 milliards (1974), et seulement 13 ans pour ajouter un autre milliard en 1987.(1) Tout se passe plus rapidement (remarquez l’accélération de la courbe ci-dessous depuis 1950). 


Tiré de: Jeremy Grantham - Time to Wake Up: Days of Abundant Resources and Falling Prices Are Over Forever. GMO Quarterly Letter April 2011
Tiré de: Jeremy Grantham - Time to Wake Up: Days of Abundant Resources and Falling Prices Are Over Forever. GMO Quarterly Letter April 2011

Crédit-photo: Béatrice Le Grand, Ouest-France.fr
Crédit-photo: Béatrice Le Grand, Ouest-France.fr

Les démographes et les économistes souligneront cependant que le taux de croissance ralentit, ce qui est strictement exact. D’une part, comme la base de la population augmente sans cesse, l’ajout d’un milliard d’individus représente une plus faible hausse en pourcentage. Passer de 2 milliards à 3 milliards constitue un bond de 50%, alors que passer de 6 à 7 milliards d’individus ne représente qu’une hausse de 16,7 %. 

Mais pour la planète, ce ne sont pas les pourcentages qui comptent, mais le nombre de bouches à nourrir, le nombre d’individus à vêtir, à héberger, éduquer, soigner, à transporter, bref, à pourvoir en biens et services. Et là, on parle de 1 milliard de plus en à peine 12 ans.

Il est aussi vrai, d’autre part,  que le taux de natalité ralentit également, et heureusement. Une meilleure éducation dans les pays en développement, une meilleure accessibilité, particulièrement pour les filles, font que les femmes s’émancipent davantage.  Aussi prévoit-on que la population devrait se stabiliser autour de 10 à 11 milliards d’habitants au tournant du siècle.



Une conséquence de cette augmentation de la population, mais également du développement économique, particulièrement dans les pays en développement, c’est la hausse de la consommation d’énergies fossiles, et par conséquent, des émissions de GES qui en découlent. 

Comme on peut le voir au graphique suivant, l’accélération des émissions de CO2 depuis le milieu du XXe siècle correspond tout à fait au point d’inflexion, c'est-à-dire, à l’accélération de la croissance démographique du premier graphique


Nous sommes 7 milliards, il faut se parler!

 

Si les démographes parlent de ralentissement dans le rythme de croissance à venir pour la population, l’accélération du développement économique dans les pays du sud, dans le but fort légitime d’offrir une meilleure qualité de vie à leur population qui en a grandement besoin, devrait accentuer encore davantage la demande d’énergies fossiles dans les années à venir.
 
Il apparaît donc de plus en plus clair que notre type de développement basé essentiellement sur les énergies fossiles n’est tout simplement plus soutenable. L’idée ici n’est pas de paniquer, ni de dramatiser. Mais simplement prendre conscience que ce qui était possible,  il n'y a pas si longtemps, ne l’est peut –être plus de nos jours. Car ces changements se passent tellement rapidement que parfois, ils nous dépassent.

D'autres formes d'énergie existent, tout comme des formes de transport plus écoénergétiques et des bâtiments à faible consommation énergétique. Plutôt que de continuer à faire les choses comme avant, il faudrait peut-être prendre le temps de s’arrêter, d’y réfléchir,  d’en parler et, finalement, de passer de la parole aux actes.




Croissance perpétuelle, limitation des ressources et la pensée magique

Nous sommes 7 milliards, il faut se parler!
Jeremy Grantham, président de GMO, est un des gestionnaires de fonds commun de placement les plus respectés aux États-Unis. Dans sa lettre trimestrielle parue en avril 2011 et intitulée « Time to Wake Up : Days of Abundant Resources and Falling Prices Are Over Forever  » , il résumait ainsi son propos: (quelques extraits)

 « Le monde utilise les ressources naturelles à un rythme alarmant, ce qui a entraîné un changement permanent de leur valeur. Nous devons tous ajuster nos comportements à ce nouvel environnement. Et cela aiderait si nous le faisions rapidement. » […]

 

 

« L’augmentation de la population, la multiplication par dix de la richesse des pays développés, et la croissance actuelle explosive des pays en développement ont grugé rapidement dans nos ressources limitées d’hydrocarbure et de métaux, de fertilisants, de terres disponibles et d’eau. » […]


« La croissance rapide ne nous a pas été donnée par droit divin; elle n’est même pas mathématiquement possible sur une période soutenue. » Le fait est, précise-t-il,  qu’il n’y a pas de taux de croissance composé qui peut être perpétuel et soutenable dans un monde aux frontières finies et aux ressources limitées. Remarquez que ce n’est pas un écolo révolutionnaire qui parle, mais bien un financier qui connaît bien les rouages de l’économie, un homme d’affaires à la tête d’une entreprise qui gère plus de 100 milliards de dollars en actif.

 

« Le problème d’un taux de croissance composé dans un monde aux ressources limitées n’est pas facilement compris par les optimistes, les gens à courte vue, ainsi que les gens qui ne savent pas compter (particulièrement certains politiciens) »   […]

« À partir de maintenant, les pressions sur les prix des ressources et les pénuries feront partie intégrante de nos vies. »

 

Il conclut à l’importance, pour tous les États, de se doter d’un plan sérieux permettant une exploitation parcimonieuse des ressources, et particulièrement une nouvelle politique énergétique. « Nous avons peu de temps à perdre ».

 

Graphiques, statistiques, tableaux à l’appui, « Time to Wake Up » mérite définitivement d’être lu (disponible ici… )

 


 

Sur le même thème, mais de façon plus ludique, je vous suggère une courte vidéo. Une façon humoristique, imagée et un peu simpliste de présenter le concept de croissance perpétuelle, mais comme c’est souvent le cas avec l’humour, un message qui nous fait réfléchir et qui n’est pas dépourvu d’un fond de vérité.

 




   
   
   
   
   
  
 




Réal Trépanier
Jeudi 3 Novembre 2011



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Congestion routière : une ou deux vérités qui dérangent


En plusieurs endroits, la congestion routière devient un problème chronique. On en impute parfois la cause aux travaux routiers récurrents qui créent des entraves à la bonne circulation. Mais le problème a souvent des racines bien plus profondes, comme c’est le cas au Québec. Voici quelques faits qui aident à mieux cerner le problème.

Congestion routière : une ou deux vérités qui dérangent
Premier fait : la congestion routière coûte cher, monétairement, en carburant brûlé même lorsque l’on n’avance pas, en salaire aux travailleurs payés à attendre derrière leur volant, en frais de transport additionnels pour les entreprises, sans compter le précieux temps perdu et la qualité de vie réduite.  

Selon la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, le coût global annuel de la congestion dans la seule région métropolitaine dépassait déjà les 1,4 milliard $ en 2008. (1) Et la situation s’est à nouveau détériorée depuis.

Une meilleure planification des travaux routiers aiderait sûrement à en atténuer quelque peu les impacts sur la circulation. Mais cela n’explique pas tous les bouchons de la grande région de Montréal, loin de là. Comme à bien des endroits dans le monde, le problème a des racines plus profondes.



Le cauchemar des automobilistes

Pour une majorité de citoyens, l’automobile constitue le moyen de transport par excellence (oublions volontairement, pour un instant, son impact sur l'environnement) : un petit cocon confortable, dans lequel il ou elle écoute sa musique préférée et qui le mène directement de son domicile à son lieu de travail, à l’heure désirée.  

Le problème est qu’en milieu urbain plus densément peuplé, cette solution rêvée, du point de vue de chaque individu,  peut rapidement tourner au cauchemar aux heures de pointe : des heures de pointe qui s’étirent souvent sur presque la totalité de la journée, et des journées de travail qui s’allongent quotidiennement d’une ou deux heures prises dans les bouchons de circulation.

Le fait est qu’au Québec, depuis 1978, le nombre de véhicules a plus que doublé, passant de 2,9 millions en 1978, à 5,9 millions de véhicules en 2010 (voir graphique ci-dessous). Pourtant, la population n’a augmenté que de 22,7 % au cours de la même période, passant de 6,4 à 7,9 millions d’habitants (2). Le nombre de véhicules a donc augmenté 4,5 fois plus vite que la population

Congestion routière : une ou deux vérités qui dérangent

  
  


Une façon simple de libérer les routes et d’assurer une plus grande fluidité


Devant un doublement du nombre de véhicules en une trentaine d’années, faut-il se surprendre que le réseau routier déborde? Pas surprenant, non plus, que le secteur des transports soit responsable de plus de 43,5% des émissions de GES au Québec, en hausse de 29,6% depuis 1990. 

Pour bien des gens, l’automobile est la seule option possible. Pour d’autres, en milieu urbain et en banlieue, il existe une alternative plus ou moins intéressante, selon leur lieu de résidence, l’endroit où ils travaillent, ainsi que leur horaire, soit le transport collectif. Parfois c’est génial, en d’autres cas cela entraîne des durées de parcours interminables.

On peut comprendre qu’à défaut d’alternatives de qualité, c’est-à-dire de services de transport public rapide, à fréquence élevée et relativement confortable, une majorité de citoyens optent pour l’automobile, l’automobile-solo en particulier. 


Congestion routière : une ou deux vérités qui dérangent

Congestion routière : une ou deux vérités qui dérangent

L’espace urbain est un bien public extrêmement rare et précieux, comme l’essentiel du territoire des villes est déjà bâti et occupé.

Or, une automobile-solo monopolise 90 fois plus d’espace qu’un train de banlieue pour le transport d’un nombre équivalent de passagers. (3)

Les transports collectifs consomment l’espace public rare de façon beaucoup plus efficiente qu’un système qui privilégie l’automobile. 

Ce gain d'efficience vaut également pour les investissements totaux nécessaires,  pour l'énergie consommée, ainsi que les coûts d'usage et d'entretien.

Ils permettent d’assurer une grande fluidité dans le réseau transport et de minimiser les coûts de congestion estimés, dans les grandes villes nord-américaines, à environ 2 % du PIB. (4)

Bref, il ne s’agit pas simplement d’une mesure pour plaire aux environnementalistes, il s’agit d’une mesure économique beaucoup plus efficiente que la course sans fin à l’ajout de routes de bitume.

Et les options sont multiples: métro, tramways, trains légers de banlieue, service rapide par bus en voies réservées, autobus, trolleybus, minibus, taxis-bus. Les combinaisons sont infinies et hautement adaptables à chaque situation et en fonction des budgets, évidemment.


 

Doubler l’offre de transport collectif

Congestion routière : une ou deux vérités qui dérangent

Si on voulait réduire de 20 % le nombre de véhicules sur les routes en milieu urbain au Québec, assurant ainsi une plus grande fluidité de circulation, il faudrait doubler l’offre de transport collectif (5)  .

Comme les grands réseaux publics métropolitains sont déjà à pleine capacité aux heures de pointe, cela ne peut se faire sans doubler également les actifs en infrastructures et équipements de transport en commun.

La valeur des actifs en transport collectif étant d’environ 17 milliards de dollars en 2006, il faudrait donc investir au moins 20 milliards de dollars afin de doubler l’offre de service tout en renouvelant les équipements du réseau actuel. (6)

Or, que prévoit le gouvernement québécois dans son dernier plan quinquennal d’infrastructures? De l’année 2010-2011 à l’année 2014-2015, il prévoit dépenser 16 861 M$ sur le réseau routier, et seulement 2 953 M$ pour les transports en commun, soit moins de 15 % des sommes consacrées aux infrastructures et équipements en transport. (7)



Congestion routière : une ou deux vérités qui dérangent

Doubler les sommes investies en transport collectif stimulerait l’emploi et l’économie, car le Québec est un important fabricant d’équipements de transport collectif. Il s'agit, au surplus, d'emplois de qualité dans un secteur à haute valeur ajoutée. Au dire même de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, « le transport en commun génère un impact sur l’économie québécoise près de trois fois supérieur à celui du transport privé par automobile, lequel contribue à la dégradation de la balance commerciale du Québec » (8).

Prioriser les transports collectifs serait bon non seulement pour l’économie, pour la qualité de l’air et l’environnement, elle contribuerait à améliorer la santé publique (réduction de coûts sociaux importants - voir note 9 ) , elle augmenterait la qualité de vie des citoyens (réduction du temps perdu dans les transports, à attendre...) et, paradoxalement, elle profiterait à tous les automobilistes qui n’ont pas d’alternatives, grâce à une fluidité retrouvée sur les routes.


Congestion routière : une ou deux vérités qui dérangent





Références : Pour en savoir plus sur le sujet...

  (1)  Rapport de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, (2010) : Le transport en commun - Au coeur du développement économique de Montréal 
  (2)  Institut de la statistique du Québec, Population du Québec  1971--2011  
  (3)  Présentation de Heather Allen, UITP (2010), disponible sur le site de l'ATUQ : Problèmes, solutions et bonnes pratiques - Transit, the Smart Green Solution  
  (4)  Idem
  (5)  MTQ (2006) et ATUQ (2011), tiré de Équiterre et Vivre en Ville : Changer de direction - Chantier Aménagement du territoire et transport des personnes, p.73
  (6)  Idem p.73
  (7)  Transit (2011) : Artères bloquées - Quand le sous-systèmes de transports menace l'économie du Québec, p. 10; ainsi que  Québec Plan budgétaire 2011-2012  , p. C64
  (8)  Rapport de la Chambre de commerce du Montréal Métropolitain, (2010) : Le transport en commun - Au coeur du développement économique de Montréa l, p. 4
  (9)  Présentation de Norman King, Direction de santé publique de l'Agence de la santé et des services sociaux de Montréal, (2010) : Panel - Comment se doter d'une vision intégrée en mobilité durable au Québec



À lire également, quelques articles qui touchent le même sujet:  Les villes à la fois victimes et responsables du réchauffement 

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