Le gouvernement conservateur de Stephen Harper, au pouvoir depuis six ans au Canada, s’est tristement démarqué par son laxisme et son manque d’engagement dans la lutte aux changements climatiques. Depuis qu’il est devenu majoritaire, en mai 2011, il semble avoir durci son discours en dénonçant les groupes environnementalistes qui critiquent ses politiques énergétiques et en laissant entendre que la protection de l’environnement se fait au détriment de la croissance économique. Entre les deux, le coeur des conservateurs ne balance pas : ils choisissent l’économie, point à la ligne.
Opposer développement économique et protection de l’environnement, comme certains groupes le font, nous ramène au moins 25 ans en arrière. C’est également oublier qu’un environnement sain est essentiel à une économie en santé et que les activités économiques reposent, à la base, sur la transformation de la nature, comme le rappelle Annie Vallée, professeur de Sciences économiques à l’Université Paris-XII et auteur du livre «Économie de l’environnement » . [1]
En effet, l’homme prélève dans la nature des matériaux sous forme de matières premières, de ressources alimentaires, de ressources énergétiques. De plus, il rejette dans le milieu des déchets et des effluents à un rythme et dans des quantités qui dépassent très souvent la capacité régénératrice de la nature.
Au début, lorsque tout se faisait à petite échelle, nous pouvions passer outre. Mais avec l’accélération sans précédent de la croissance des sociétés partout sur la planète, avec les moyens technologiques qui permettent de décupler la rapidité avec laquelle nous exploitons nos richesses naturelles, nos sols et nos océans, la protection du capital naturel et de l’environnement devrait être tout aussi primordiale.
Cet oubli, que nous sommes dépendant de la nature, a fortement contribué à la dégradation de l’environnement naturel à bien des endroits, à des problèmes majeurs de santé publique, dévastateurs et coûteux, en plus d’avoir de lourdes conséquences sur l’état de la planète, ce qui affectera immanquablement le bien-être des générations à venir.
L’abolition de la Table de concertation nationale, une très mauvaise décision
Louis-Gilles Francoeur, journaliste au Devoir, particiapit à un panel sur le budget fédéral 2012 et l'environnement
Cette table ronde nationale de l’environnement et de l’économie « réunissait des sommités universitaires, du milieu des affaires, et quelques représentants du milieu de l’écologie », rappelait Louis-Gilles Francoeur, journaliste au Devoir, lors d’une discussion à l’émission de Radio-Canada - L’après-midi porte conseil .
« Les nominations à la Table ronde étaient faites par le gouvernement. Donc c’est le gouvernement conservateur qui les nommait, et on y trouvait beaucoup de chefs d’entreprises, de patrons très réputés du monde des affaires. »
La Table fut créée par le premier ministre Brian Mulroney, progressiste-conservateur, en 1986. Elle avait comme mandat de conseiller le gouvernement « afin d’essayer de réconcilier les impératifs de l’économie et de l’environnement, dans la logique du développement durable. »
« Les nominations à la Table ronde étaient faites par le gouvernement. Donc c’est le gouvernement conservateur qui les nommait, et on y trouvait beaucoup de chefs d’entreprises, de patrons très réputés du monde des affaires. »
La Table fut créée par le premier ministre Brian Mulroney, progressiste-conservateur, en 1986. Elle avait comme mandat de conseiller le gouvernement « afin d’essayer de réconcilier les impératifs de l’économie et de l’environnement, dans la logique du développement durable. »
« Ils ont produit des dizaines de rapports, des analyses de très grande profondeur sur toutes sortes de volets de l’action gouvernementale, de l’action privée.
Mais ils ont eu le malheur, même si c’était des nominations du gouvernement Harper, de faire des rapports incendiaires sur l’absence de politique sur les changements climatiques, en disant que cela n’avait pas de sens : vous êtes en train de ruiner la base économique du Canada.
Le gouvernement s’est dit, si nos alliés sont rendus qu’ils nous disent cela, on va les flocher! » concluait M. Francoeur.
La TRNEE : efficace et productif
Il faut noter, par ailleurs, qu’il s’agit d’un organisme qui fonctionnait très bien, qui ne coûtait pas cher, soit aussi peu que 5 millions de dollars par année. Autrement dit, le gouvernement conservateur n’économisera que 2/1000 de 1 % de son budget avec cette abolition, à condition qu’il ne donne pas cet argent à des firmes privées de consultants plus complaisantes...
François Cardinal, éditorialiste à La Presse, écrivait pour sa part : La TRNEE « jouait un rôle stratégique important en réunissant à une même table spécialistes et dirigeants d’entreprises. Le gouvernement avait ainsi accès, pour 5 millions, à un forum national pouvant l’aider à concilier de front les impératifs économiques et environnementaux. »
« La mise à mort de cette organisation n’a rien de surprenant. Elle s’inscrit dans une politique de la terre brûlée qui vise à éliminer tout avis, expertise ou conseil indépendant qui pourrait contredire les gestes et discours des conservateurs. »
Même le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, affirmait récemment qu’il est impensable de croître au XXIe siècle en évacuant la contrainte environnementale, rappelait M. Cardinal. Malheureusement, le désir de contrôle à tout prix et une idéologie conservatrice rigide semblent plus importants aux yeux de ce gouvernement.
François Cardinal, éditorialiste à La Presse, écrivait pour sa part : La TRNEE « jouait un rôle stratégique important en réunissant à une même table spécialistes et dirigeants d’entreprises. Le gouvernement avait ainsi accès, pour 5 millions, à un forum national pouvant l’aider à concilier de front les impératifs économiques et environnementaux. »
« La mise à mort de cette organisation n’a rien de surprenant. Elle s’inscrit dans une politique de la terre brûlée qui vise à éliminer tout avis, expertise ou conseil indépendant qui pourrait contredire les gestes et discours des conservateurs. »
Même le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, affirmait récemment qu’il est impensable de croître au XXIe siècle en évacuant la contrainte environnementale, rappelait M. Cardinal. Malheureusement, le désir de contrôle à tout prix et une idéologie conservatrice rigide semblent plus importants aux yeux de ce gouvernement.
Références:
(1) Annie Vallée (2002), Économie et environnement, Édition du seuil, p.16 et suivantes.
À lire dans La Presse, l'éditorial de François Cardinal: De pionnier à détracteur
également dans le Vanconver Sun, un article de Mike De Souza du 30 mars 2012: Conservatives to turn to Internet after pulling the plug on environmental panel
À écouter en rediffusion sur Radio-Canada.ca, un débat à l'émission L'après-midi porte conseil du 5 avril 2012: Le budget et l'environnement
Et surtout, à consulter et télécharger (pendant qu'il est encore temps) les nombreux rapports de grande qualité produits par la Table ronde nationale sur l'environnement et l'économie, dont, entre autres, le rapport intitulé « Prospérité climatique - le prix à payer : répercussions économiques du changement climatique pour le Canada »
sur le même sujet, un résumé très bref de ce rapport: Ignorer les changements climatiques pourrait coûter cher aux Canadiens: de 21 à 43 milliards de dollars par année d'ici 2050













