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Hausse des émissions de GES: à qui la faute?



La Chine est devenue récemment le plus gros émetteur de gaz à effet de serre (GES), devançant les États-Unis. Les émissions de GES des pays en développement sont en hausse rapide et excèdent celles de l’ensemble des pays développés, chez qui les émissions semblent se stabiliser. Il n’en faut pas plus pour que certains politiciens occidentaux pointent du doigt ces pays en développement, exigeant que ces derniers réduisent également leurs émissions, au même titre que les pays plus développés. Ont-ils raison de vouloir appliquer les mêmes règles aux pays en développement?
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Il est vrai que les émissions de GES de la Chine ont fortement augmenté ces dernières années, en raison de leur très forte croissance économique. L’Inde est, pour sa part, passée de la cinquième place des grands pays émetteurs en 1990 à la troisième place en 2008, devançant le Japon et la Russie. On peut voir, au graphique de droite (cliquez l'image pour agrandir), l’évolution et la place des cinq plus grands émetteurs nationaux de GES [1].

Avec la globalisation des marchés, nous avons assisté au déplacement vers les pays émergents, souvent en Asie, d’une part importante de la production de nombreux biens de consommation. De sorte que l’ensemble des pays en développement a connu une très forte croissance économique, en particulier au cours de la dernière décennie. Il est donc inévitable que cette croissance économique et la forte croissance démographique de plusieurs de ces pays aient entraîné une hausse considérable de leurs émissions de GES. Ainsi, la part des émissions de CO₂ provenant des énergies fossiles (pétrole, gaz et charbon) des pays en développement (courbe rouge, graphique ci-dessous) excède maintenant celle des pays développés.
Émissions de CO2 provenant uniquement des énergies fossiles  - iii: voir Crédit-photo
Émissions de CO2 provenant uniquement des énergies fossiles - iii: voir Crédit-photo

Devant l’accélération des émissions de GES des pays en développement, devrait-on, comme le font certains politiciens, leur en tenir rigueur? Faut-il leur demander de réduire leurs émissions de la même façon qu’on le demande aux pays développés? Ceux qui le suggèrent ignorent quelques faits importants.

La population, comme la richesse, n’est pas répartie également

D’abord, la population de la Terre se répartit fort inégalement entre les deux « hémisphères économiques ». Sur les presque sept milliards d’humains sur Terre, un peu moins de six milliards vivent dans ces pays en développement, contre un seul milliard dans les pays dits développés. Le fait que les pays en développement produisent maintenant plus de GES que les pays développés est donc tout à fait normal.

De plus, la croissance de la population est beaucoup plus lente dans les pays développés que dans les pays en développement. Or, plus la croissance économique et/ou la croissance démographique sont élevées, plus grande devraient être la consommation énergétique et les émissions de GES.
Plus la croissance économique est élevée (déplacement vers la droite sur l’axe horizontal) plus l’augmentation des émissions de CO2 sera élevée (déplacement vers le haut sur l’axe vertical)  - iv: voir Crédit-photo)
Plus la croissance économique est élevée (déplacement vers la droite sur l’axe horizontal) plus l’augmentation des émissions de CO2 sera élevée (déplacement vers le haut sur l’axe vertical) - iv: voir Crédit-photo)

Demander aux plus pauvres de se serrer la ceinture

Demander aux pays émergents de réduire leurs émissions de GES en terme absolu (voir la Capsule: Réduction d'intensité vs réduction absolue , à la fin du texte) revient à leur demander de réduire leur croissance et leur développement économique. Or, ces pays sont immensément en retard sur le niveau de développement de nos sociétés occidentales. Pour se développer, nos économies de pays développés ont bénéficié d’un usage quasi illimité d’énergie fossile à bas coût depuis plus de 150 ans. Comment refuser aux autres ce levier qui nous a tant aidés à nous développer? Comment demander à ces pays en voie de développement de freiner leur développement économique alors qu’une très large portion de leur population doit toujours vivre avec moins de deux dollars par jour? [2]
v: voir Crédit-photo
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Comme la population des pays en développement est près de six fois plus nombreuse que celle des pays riches, il serait tout à fait normal qu’ils émettent beaucoup plus de CO₂ que les pays développés. Et rassurons-nous, aucun d’entre eux ne revendique le droit d’émettre autant de GES qu’un habitant moyen du Canada (18,8 tonnes), des États-Unis (19,8 t.) ou même de l’Europe (8,1 t. par habitant). Notons que les émissions de CO₂ en Chine ne sont que de 4,6 t. par habitant et en Inde, à peine 1,2 t. comme on peut le voir au graphique ci-après. (Notons en passant que malgré sa faible population (33 millions d’habitants), le Canada fait partie des 10 plus grands émetteurs de CO2 au monde). [3]
Émissions de CO2 dues aux énergies fossiles: par habitant (bâtonnets) et au total (cercles, en millions de tonnes)  - vi: voir Crédit-photo
Émissions de CO2 dues aux énergies fossiles: par habitant (bâtonnets) et au total (cercles, en millions de tonnes) - vi: voir Crédit-photo

Bien qu’elle ait fait des pas de géant au cours des dernières années, la Chine est encore très loin derrière les États-Unis en terme de standard de niveau de vie. Un citoyen chinois produit quatre fois moins de CO₂ qu’un américain moyen, mais la Chine a encore beaucoup de besoins énergétiques non satisfaits.
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Lorsque nous exportons notre pollution

Pourcentage de la demande américaine provenant des importations nettes, donc de l'étranger  - viii: voir Crédit-photo
Pourcentage de la demande américaine provenant des importations nettes, donc de l'étranger - viii: voir Crédit-photo
Avec la globalisation de l’économie, les pays développés ont transféré dans les pays en développement une large part de la production et de la transformation de plusieurs matériaux de base ainsi que la fabrication de nombreux biens de consommation. Autrement dit, les Américains (tout comme les Canadiens et les Européens) consomment beaucoup de matières de base et de biens de consommation fabriqués ailleurs, mais fabriqués pour eux. Ainsi, toute la pollution et les émissions de gaz à effet de serre liés à la production de ces biens sont produites à l’extérieur de leur territoire. Nous jouissons des biens sans avoir à subir la pollution nécessaire pour les produire: c’est un peu comme si nous exportions notre pollution vers les pays en développement.

Si on prend l’exemple des États-Unis et si on examine les cinq industries les plus polluantes ou intensives en émissions de carbone, ils consomment davantage qu’ils ne produisent d’aluminium, de ciment, d’acier, de papier et de produits chimiques (graphique de gauche). Ainsi, ils importent environ 60 % de leur consommation d’aluminium, 25 % de leur ciment et 20 % de leur acier. [4] Toutes les émissions de GES associées à la production de ces matériaux n’entrent pas dans le bilan de GES des États-Unis, mais plutôt dans le bilan des pays producteurs.

Or, qui sont ces pays producteurs? En très grande partie, il s’agit de pays en développement dont la part est en augmentation depuis 10 ans et tourne autour de 70 % pour le ciment et les produits chimiques, et près de 50% pour l’acier, des secteurs à haute intensité énergétique. [5]
Pourcentage des importations américaines provenant des pays en développement  - ix: voir Crédit-photo
Pourcentage des importations américaines provenant des pays en développement - ix: voir Crédit-photo

Si on ajoute à ces matières de base toutes les importations de biens de consommation produits en Asie, on réalise rapidement qu’une portion significative des émissions de GES des pays en développement est produite pour satisfaire les besoins des économies développées. Ainsi, les émissions de GES comptabilisées pour le compte des États-Unis sont sous-estimées par rapport à leur consommation alors que celles de la Chine, par exemple, sont surestimées. Selon une étude de Carbon Project, entre 2002 et 2005, la production de biens exportés de Chine était responsable de 50 % de la croissance des émissions de GES au cours de cette période et de 30 % des émissions totales. [6]

Exprimé autrement, pour l’ensemble des économies en développement, on voit au graphique de droite ci-dessous que si on assigne aux consommateurs plutôt qu’aux producteurs la responsabilité des émissions de carbone liées aux différents produits, 25% de la croissance des émissions des pays en développement est due aux produits consommés dans les pays développés. Ainsi, la part des émissions de GES des pays développés, non seulement continue de dépasser celles des pays émergents où on retrouve pourtant 85 % de la population mondiale, les émissions des pays développés ont continué d’augmenter au cours de la dernière décennie. [7]
Le graphique de droite montrent les émissions de CO2 si on assigne aux consommateurs des biens importés la responsabilité des émissions de GES, plutôt que de les attribuer aux producteurs de ces biens (graphique de gauche).  - x: voir Crédit-photo
Le graphique de droite montrent les émissions de CO2 si on assigne aux consommateurs des biens importés la responsabilité des émissions de GES, plutôt que de les attribuer aux producteurs de ces biens (graphique de gauche). - x: voir Crédit-photo

Responsabilité historique

Si le développement économique récent des pays en développement a été très rapide depuis quelques années, il ne faudrait pas oublier que celui des pays développés l’a également été à une autre époque. Ce n’est pas d’hier que l’Europe et l’Amérique du Nord utilisent intensément les énergies fossiles : ils le font depuis plus de 150 ans. C’est ainsi que l'Amérique du Nord (32,6 %) et l'Europe (27,7 %) sont responsables de 60 % des émissions de GES depuis 1850. L'ensemble des pays développés est responsable de près de 79% des émissions de GES produites depuis le milieu du XIXe siècle [8]. Étant responsable de la majorité des émissions qui causent le problème des changements climatiques, il semble normal que ces pays développés supportent une plus grande part des efforts nécessaires pour atténuer le problème.

De plus, chaque habitant des pays développés produisant de 2 à 6 fois plus de CO₂ que ceux des pays en développement, il paraît également normal qu’ils fassent de plus grands efforts de réduction. De même, lorsque l’on considère la richesse relative par habitant telle qu’exprimée par le PIB par habitant (la valeur de l’ensemble des biens et services produits dans un pays, divisée par son nombre d’habitants), on réalise que tous n’ont pas les mêmes moyens pour réagir : PIB par habitant (en $US 2008) 48 100 $ aux États-Unis,
39 700 $ au Canada, 33 700 $ en France, 6 100 $ en Chine, 2 900 $ en Inde. [9]

Pour toutes ces raisons, même si tous les États doivent mettre l’épaule à la roue et favoriser un développement durable visant davantage l’efficacité énergétique et l’utilisation d’énergies renouvelables, la première responsabilité et le rôle de leadership incombent clairement aux pays développés. À nous d’agir.



La Chine a récemment annoncé leur intention de réduire de 40-45% en intensité leur émissions de carbone (par rapport à 2005) et générer 15% de leur électricité de sources renouvelables d'ici 2020. Photo: Bob Sacha/Corbis.  xi: voir Crédit-photo
La Chine a récemment annoncé leur intention de réduire de 40-45% en intensité leur émissions de carbone (par rapport à 2005) et générer 15% de leur électricité de sources renouvelables d'ici 2020. Photo: Bob Sacha/Corbis. xi: voir Crédit-photo













Capsule: Réduction d'intensité vs réduction absolue


Lorsqu'un politicien, un gouvernement ou une entreprise s'engage à réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES), il faut bien porter attention pour savoir s'il s'agit de réduction absolue ou de réduction d'intensité car, il s'agit de deux choses fort différentes.

On parlera de réduction absolue lorsque la quantité annoncée de réduction peut être clairement chiffrée et exprimée en tonne de GES. Par exemple, si un pays émettant 100 millions de tonnes de GES par année s'engage à réduire ses émissions de 10 millions de tonnes (soit de 10%), il s'agit de réduction absolue puisque le tonnage total sera effectivement réduit, passant de 100 millions à 90 millions de tonnes par an.


xii: voir Crédit-photo
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Mais il arrive qu'on annonce plutôt des réductions en intensité: "nous réduirons nos émissions de CO2 de 15% en intensité d'ici 2020 ", par exemple. Il s'agit, dans ce cas, d'une réduction d'émissions par unité de production. Pour une entreprise pétrolière, il peut s'agir de réduire la quantité de GES émis par baril de pétrole produit. Pour un pays, on parlera plutôt de réduction de quantité de GES émis par dollar de PIB (soit par dollar de biens et services produits dans une économie durant une année).

Même si nous connaissons les émissions au début de la période, disons 100 millions de tonnes par année, il est impossible d'exprimer clairement en tonne de GES la portée précise de cette réduction. Car, comme le PIB du pays risque d'augmenter année après année, il n'est pas possible de connaître d'avance le tonnage de réduction d'émissions. Il peut même arriver que le total des émissions de GES continuent d'augmenter malgré tout, si la croissance de la production économique est plus forte que les objectifs de réduction en intensité. C'était d'ailleurs ce que préconisait le président des États-Unis, Georges W. Bush; réduire l'intensité tout en permettant une hausse des émissions finales (graphique de droite).

Le cas du Canada offre également un bel exemple. Entre 1990 et 2007, le Canada pouvait se vanter d'avoir réduit ses émissions de GES de 21% en intensité. Autrement dit, pour chaque dollar de production nationale, nous émettions 21% moins de GES en 2007 qu'en 1990. Sur le graphique ci-après, cette réduction en intensité est présentée en rose, la dernière courbe en bas.

xiii: voir Crédit-photo
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Toutefois, la croissance économique au cours de ces 17 années a été beaucoup plus forte que cette réduction d'intensité. En effet, le PIB canadien a augmenté de 60%, passant de 825 milliards de $ en 1990 à
1 320 milliards en 2007. Ainsi, les émissions totales de GES n'ont pas diminué. Au contraire, les émissions canadiennes de GES ont augmenté de 26,2% entre 1990 et 2007, passant de 592 millions à 747 millions de tonnes, comme on peut le constater au graphique ci-dessous. Nous produisons donc 33,8% de plus d'émissions de GES que la cible de 558 millions de tonnes que le Canada s'était engagé à respecter aux termes du Protocole de Kyoto. [10]
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Devant les engagement de réduction d'émissions, il faut également bien porter attention aux dates de référence. Car une réduction de 20% par rapport à l'année de référence 1990 est fort différent qu'une même réduction de 20% par rapport au niveau de 2005.

Reprenant l'exemple du Canada, le pays produisait 592 millions de tonnes (M t.) en 1990, mais 731 M t. en 2005. Une réduction de 20% par rapport au niveau de 1990 porterait les émissions totales à 474 M t., un accomplissement énorme. Par contre, une réduction de 20% par rapport au niveau de 2005 porterait les émissions totales de GES à 585 M t., tout juste sous la barre de 1990, année de référence pour l'ensemble des nations ayant signées le Protocole de Kyoto.

En comparaison, l'ensemble des 27 pays européens (UE-27) ont réduit leurs émissions de 11,3% entre 1990 et 2007. Et à l'horizon 2020, ils comptent réduire leurs émissions de 20% par rapport à 1990.




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RÉFÉRENCES: Pour en savoir plus sur le sujet...



[1] Global Carbon Project Consortium (2009), Carbon Budget 2008, disponible en ligne sur Global Carbon Project
[2] World Resources Institute (2008), Roots of Resilience - Growing the Wealth of the Poor, p.21. Disponible en ligne sur World Resources Institute
[3] World Resources Institute, Earth Trend Delivered, Disponible en ligne sur Earth Trend Delivered
[4] Peterson Institute for International Economics and Resources Institute (2008), Leveling The Carbon Playing Field: International Competition and U.S. Climate Policy Design -International Competition
and US Climate Policy Design
, p.64. Disponible en ligne sur le site du World Resources Institute
[5] Id. p.67
[6] Global Carbon Project Consortium (2009), Carbon Budget 2008, Téléchargez la version PowerPoint plutôt que Pdf afin d'obtenir commentaires. Voir diapo 8. Disponible en ligne sur Global Carbon Project
[7] Id. diapo 9
[8] Institut de l’énergie et de l’environnement de la francophonie (2007), Liaisons énergie-francophomie - Changements climatiques:
Vers l’après-2012
, Numéro 75, Deuxième trimestre 2007, p.41. Disponible sur le site de l'Institut de l'énergie et de l'environnement de la francophonie
[9] Central Intelligence Agency (CIA), The World Factbook. Disponible en ligne au CIA World Factbook
[10] Environnement Canada, Inventaire canadien des gaz à effet de serre pour 2007 - Résumé des tendances. Disponible sur le site d'Environnement Canada




Crédit-Photo


i: Photo: http://www.Photo-libre.fr
ii. Global Carbon Project Consortium (2009), Carbon Budget 2008, disponible en ligne sur Global Carbon Project
iii. Id.
iv: World Resources Institute, Climate Analysis Indicators Tool (CAIT), p.4 Disponible sur le site CAIT.WRI.ORG
v. World Resources Institute (2008), Roots of Resilience - Growing the Wealth of the Poor, p.21. Disponible en ligne sur World Resources Institute
vi. World Resources Institute, Earth Trend Delivered, Disponible en ligne sur Earth Trend Delivered
vii. World Resources Institute, Comparison of Chinese and U.S. Energy Statistics. Disponible en ligne sur le site du World Resources Institute
viii. Peterson Institute for International Economics and Resources Institute (2008), Leveling The Carbon Playing Field: International Competition and U.S. Climate Policy Design -International Competition
and US Climate Policy Design
, p.64. Disponible en ligne sur le site du World Resources Institute
ix. Id. p.67
x. Global Carbon Project Consortium (2009), Carbon Budget 2008, disponible en ligne sur Global Carbon Project
xi. Photo tirée du site Inhabitat.com. Disponible ici
xii. World Resources Institute, U.S. Historical and Future Trends: GHGs, GDP, and Intensity. Disponible en ligne sur le site du World Resources institute
xiii. Environnement Canada, Inventaire canadien des gaz à effet de serre pour 2007 - Résumé des tendances. Disponible sur le site d'Environnement Canada
xiv. Id.







Real Trepanier
Vendredi 9 Avril 2010




1.Posté par Carbone 11 le 12/04/2010 08:14
Merci pour cet article très intéressant et très complet !!

Nouveau commentaire :





Pourquoi ne pas remplacer Kyoto par une taxe carbone mondiale?

Débat et opinion:

Compte tenu de la difficulté à s'entendre sur l'imposition de cibles de réduction d'émissions de GES pour chaque pays, pourquoi ne pas plutôt fixer un prix sur le carbone à travers une taxe mondiale?

Pourquoi ne pas remplacer Kyoto par une taxe carbone mondiale?
C'est l'idée qu'avait lancée, au printemps 2009, l'économiste de réputation mondiale William Nordhaus, professeur à l'Université Yale aux États-Unis. Cette approche a été relancée par l'ancien ministre de l'Environnement canadien, Stéphane Dion, au moment où les difficiles négociations à Durban tiraient à leur fin.
 
« Miser [l'avenir] du système climatique mondial sur l'approche de Kyoto est un pari imprudent » avait affirmé William Nordhaus à Copenhague, lors d'une conférence sur les changements climatiques. « La taxation est un instrument éprouvé. Les taxes sont sans doute impopulaires, mais elles fonctionnent » selon ce dernier, des propos rapportés par Oliver Tickell, dans The Guardian (1) .
 


Pourquoi ne pas remplacer Kyoto par une taxe carbone mondiale?
Il suggérait qu'une taxe carbone appliquée aux combustibles fossiles et aux transports serait simple et efficace.  « Cela établirait un prix au carbone sur lequel on pourrait compter et qui créerait les incitations nécessaires au changement vers une économie sobre en carbone ». Initialement une taxe carbone affecterait les producteurs, mais comme le signal prix est passé à travers l'économie, tous les acteurs, individus et entreprises, chercheraient à réduire leur consommation par des mesures d'efficacité énergétique et favoriseraient les énergies renouvelables afin d'échapper à la taxe.
 
L'économiste de Cambridge, le professeur Michael Grubb, était d'accord : il n'y a aucun doute que les gouvernements répondront beaucoup mieux au changement climatique s'ils croient qu'une taxe carbone substantielle devra bientôt être payée par chacun, rapportait The Guardian.



Pourquoi ne pas remplacer Kyoto par une taxe carbone mondiale?
On retrouve même des gens d'affaires d'accord avec l'idée d'une taxe carbone, à condition, selon eux, que l'on réduise d'autres taxes en contrepartie. Rex W. Tillerson, président du conseil et chef de la direction d'Exxon Mobile Corporation, lors d'un discours à Washington le 8 janvier 2009, affirmait d'ailleurs : « Une taxe carbone est une approche plus directe, plus transparente et plus efficace. » (...) « Une taxe carbone est aussi le moyen le moins cher de refléter le coût du carbone dans toutes les décisions économiques »..."
 
« Finalement, il y a un autre avantage potentiel à une taxe directe. Une taxe carbone pourrait être mieux appropriée afin de fixer un standard uniforme de façon à tenir tous les pays responsables, ce qui est un point important » affirmait alors M. Tillerson. (2) [notre soulignement]



Stéphane Dion propose une autre voie

Pourquoi ne pas remplacer Kyoto par une taxe carbone mondiale?
L'ancien ministre canadien de l'environnement, Stéphane Dion, a également fait part de ses doutes à l'égard du processus de négociation actuel. Il n'y aurait plus de progrès possible sur la voie actuelle, qui est d'imposer par pays des plafonds aux émissions de gaz à effet de serre (GES), rapportait le journaliste Charles Côté, dans La Presse de samedi.(3)
 
«Il y a de plus en plus de gens qui disent comme moi que les Chinois accepteraient bien plus volontiers un prix mondial sur le carbone et que cela soit intégré aux règles de l'Organisation mondiale du commerce, dit M. Dion en entrevue à La Presse. C'est beaucoup plus envisageable que de leur faire accepter une cible absolue, à cause du fait que leur économie croît de 10 % par année.»

Un prix mondial sur le carbone influencerait les choix énergétiques sans nuire à la compétitivité des pays entre eux, dit M. Dion.

 

Une solution simple et responsable

Ainsi, chaque pays devrait s'engager à imposer une taxe carbone d'un montant minimal, suffisant et uniforme, négocié par la communauté internationale. Libre à chacun des États de réduire d'autres taxes et impôts touchant les particuliers ou ses entreprises. Si un État refusait cependant d'imposer une telle taxe carbone, ses voisins et partenaires pourraient décréter des tarifs compensatoires sur toutes ses exportations de manière à ce qu'il ne bénéficie d'aucun avantage compétitif. 

Dans les pays développés, une portion de cette taxe pourrait servir à contribuer à un fonds vert, lequel permettrait de financer des projets de développement d'énergie renouvelable dans les pays les plus pauvres, ainsi que des mesures d'adaptation aux changements climatiques pour les populations les plus menacées. Bref, il s'agit d'une solution aux principes et aux mécanismes d'application relativement simples.

Pourquoi ne pas remplacer Kyoto par une taxe carbone mondiale?
Polluer, émettre des GES, a un coût et a des conséquences graves pour toute la société, des conséquences qui augmentent avec chaque décennie qui passe. Il est important, et même urgent, que l'on inclue ce coût réel dans toutes les décisions économiques, de consommation ou d'investissement.

C'est une simple question de responsabilité et d'équité
face aux jeunes générations qui nous suivent. Attendre encore et leur refiler le problème n'est tout simplement pas une solution.






Références : Pour en savoir plus sur le sujet...


(1) À lire dansThe Guardian du 12 mars 2009, un article d'Oliver Tickell : « Replace Kyoto protocol with global carbon tax, says Yale economist »  
(2) Discours de Rex W. Tillerson, Chairman and CEO, Exxon Mobile Corporation, Washington 8 janvier 2009, « Strengthening global energy security  »
(3) À lire dans La Presse du 10 décembre 2011, un article de Charles Côté : « Stéphane Dion propose une autre voie  »

et sur le même sujet: La taxe carbone : un outil simple et économique