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Émissions records de CO₂ en 2010

En ligne avec les pires scénarios du GIEC


L’agence internationale de l’énergie (AIE) a récemment divulgué ses estimés des émissions mondiales de CO₂ pour l’année 2010. Les nouvelles sont très décevantes. En effet, les émissions provenant des énergies fossiles ont fait un bon record de 1,6 milliard de tonnes (Gt) de CO₂ à plus de 30,6 Gt en 2010, compatibles avec les pires scénarios du GIEC. Dire que certains reprochaient à l’organisme des Nations Unies d’être trop alarmiste.



En fait, la réalité est qu’entre 2003 et 2008 les émissions de CO2 d’origine humaine augmentaient plus rapidement que le pire des scénarios avancés dans les rapports du GIEC (voir la courbe noire – Observed emissions EIA, dans le graphique suivant). La chute de l’activité économique due à la récession sévère qui a suivi la crise financière de 2008 a cependant permis un léger déclin des émissions de CO, soit de 29,4 Gt en 2008 à 29,0 Gt en 2009. 
  

 
 
Malgré que la reprise économique demeure timide et lente, nous avons toutefois assisté en 2010 à une augmentation record (+1,6 Gt)  des émissions de CO2 (le record précédent était une hausse de 1,2 Gt en 2004). Comme on peut le constater sur le graphique ci-dessus, les émissions qui avaient été ramenées au milieu de la fourchette des différents scénarios du GIEC en 2009, sont reparties tout droit vers le pire scénario en 2010.

Actuellement, à la fois en termes d’émissions annuelles et cumulées de CO2, nos émissions suivent la trajectoire du scénario A2 (courbe orange du graphique ci-dessus). Selon ce scénario, les progrès anticipés en ce qui a trait à l’efficacité énergétique et le développement des sources d’énergie renouvelable seraient plutôt lents et tardifs, ce qui correspond assez bien à ce que l’on vit actuellement.

  

En route vers des concentrations de CO₂ de 850 ppm et un réchauffement de 4°C d’ici 90 ans?

 
Chaque année nous émettons une grande quantité de CO2, une quantité qui augmente sans cesse. Comme la capacité d’absorption de la nature est limitée (à environ 50 % de nos émissions annuelles), le CO2 et autres gaz à effet de serre s’accumulent dans l’atmosphère. Cela provoque une augmentation de la concentration de CO2, mesurée en termes de parties par million (ppm), laquelle est passée de 280 ppm au début des années 1800 à plus de 390 ppm actuellement. Ces gaz à effet de serre ont comme propriété  de bloquer une partie des infrarouges, augmentant ainsi la température moyenne de la planète. 

Quelles seront ces concentrations à la fin du siècle?  Cela dépend des gestes que nous poserons afin de limiter nos émissions, de nos choix énergétiques, mais également de la croissance économique et démographique. Différents scénarios sont utilisés afin de mieux refléter l’étendue des possibilités. C’est précisément ce qu’ont présenté les équipes du GIEC.

À chacun de ces scénarios d’émissions de GES au fil du temps correspond un niveau de concentration de CO2 dans l’atmosphère. Le graphique suivant montre l’évolution de ces concentrations. Si nous continuons sur la même trajectoire avec des actions timides et limitées, en ligne avec le scénario A2, les concentrations de CO2 devraient dépasser les 850 ppm d’ici 2100 (courbe A2 sur le graphique).
  
  

  
À ce niveau de concentration de gaz à effet de serre, le consensus scientifique dégagé par le GIEC indique que la température devrait augmenter d’un autre 3,5 o C d’ici 2100 (courbe rouge – A2 au graphique ci-dessous), soit de 4o C au total depuis le début de l’ère industrielle. Et cela ne s’arrêterait malheureusement pas là, la température continuerait d’augmenter après 2100, les émissions demeurant dans l’atmosphère pendant plus d'un siècle. 
  
Il ne s'agit évidemment que d'une projection, avec toutes les incertitudes inhérentes à ce type d'exercice fort complexe. Cela donne toutefois une idée assez claire du risque que l'on prend en repoussant sans cesse à plus tard des décisions difficiles mais nécessaires.
   

  
  
Tout retard dans la lutte au changement climatique a donc des implications importantes. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) notait, par exemple, que 80 % de la nouvelle capacité de production d’électricité d’ici 2020 est déjà sous construction ou en processus de l’être. À défaut de nouvelles politiques climatiques d’envergure, malgré plus de 20 ans de discussions et de négociations, les énergies fossiles continuent d’être la forme largement dominante de ces infrastructures qui fourniront l’énergie des prochaines 30 années.

C’est donc un cri d’alarme qu’a voulu lancer l’AIE, un organisme traditionnellement conservateur (n'ayant rien à voir avec les mouvements écologistes) qui dispense des conseils de politique énergétique à ses 28 pays membres (les grands pays développés) afin d’assurer leur sécurité énergétique par des approvisionnements en énergie fiables, propres et à des prix abordables. Il n'est pas trop tard pour agir et changer de trajectoire. Mais le temps presse car plus nous attendons, plus les ajustements devront être rapides, difficiles et coûteux. 
  
  



Réal Trépanier
Lundi 6 Juin 2011



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Où va le CO₂ qu'on émet?

CAPSULE-CLIMATIQUE:

Où va le CO₂ qu'on émet?
Les émissions de CO₂ dues aux énergies fossiles (9,1 Gt de carbone, ou 33,4 Gt de CO₂) et aux changements d'usage des terres (principalement la déforestation: 0,9 Gt de carbone, soit 3,3 Gt de CO₂) en 2010, excèdent largement la capacité d'absorption des écosystèmes. On estime que les océans ont été en mesure d'en absorber 24%, la végétation environ 26%, de sorte que 50% des émissions sont venus gonfler la concentration de CO₂ dans l'atmosphère, à plus de 389,6 ppm, accentuant ainsi l'effet de serre. Source: Global Carbon Project (disponible ici...)


Le niveau de CO₂ dans l'atmosphère est-il vraiment plus élevé qu'avant?

CAPSULE-CLIMATIQUE:



Oui, définitivement. Il est à son niveau le plus élevé depuis 650 000 ans... Voyez par vous-même!

Le niveau de CO₂ dans l'atmosphère est-il vraiment plus élevé qu'avant?
L'augmentation de la concentration des gaz à effet de serre (GES) depuis le début de l'ère industrielle explique de façon prépondérante la hausse de température observée et prévue. Jamais au cours des derniers 650 000 ans, comme l'indique la courbe en rouge du graphique ci-dessus, la concentration de CO₂ n'a été aussi élevée qu'aujourd'hui, confirmait le GIEC.  Il en est de même pour les autres GES comme le méthane (CH4 , courbe bleue) ou l'oxyde nitreux (N2O , courbe verte ci-dessus).

Cette concentration de CO₂ atteignait 390 ppm en novembre 2011, un niveau record. Elle était à moins de 280 ppm au début de l'ère industrielle. Elle est mesurée à plusieurs endroits dans le monde depuis le début des années 1960, dont au Laboratoire du National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) à Mauna Loa, Hawaï. Les données historiques plus lointaines sont tirées, pour leurs parts, de l'analyse des carottes de glace (voir à ce sujet: La Terre se réchauffe-t-elle vraiment? Comment savoir?)






L'augmentation des GES causent le réchauffement climatique : une «nouvelle théorie» ?

CAPSULE-CLIMATIQUE:



Absolument pas. C'était déjà connu du temps de votre grand-père et de votre arrière grand-père!

En fait, c'est à l'astronome britannique William Herschel (1738-1822), en 1800, que l'on doit la découverte des rayons infrarouges, ces rayons électromagnétiques d'une longueur d'onde supérieure à la lumière visible, mais un peu plus courte que celle des micro-ondes (utilisés dans votre four à micro-ondes). Les rayons infrarouges sont également souvent associés à la chaleur; (c'est d'ailleurs selon ce principe que fonctionnent la plupart des détecteurs de mouvement dans les systèmes d'alarmes ou dans les lumières de sécurité).

La vapeur d'eau et le dioxyde de carbone, le fameux CO2, ont quant à eux été identifiés comme les principaux responsables de l'effet de serre par John Tyndall (1820-1893), en 1861, car ils avaient la capacité de bloquer les rayons infrarouges au niveau de l'atmosphère, ce qui a pour effet d'y retenir la chaleur.  Il suggérait même, déjà à l'époque, qu'un changement dans la composition de l'atmosphère pourrait influencer l'évolution du climat (1)



L'augmentation des GES causent le réchauffement climatique : une «nouvelle théorie» ?


Donc, ce n’est pas d’hier que l’on a identifié le CO₂ comme une menace à l’équilibre climatique. D'ailleurs, dès 1896 un Suédois, Svante Arrhenius (1859-1927) , prix Nobel de chimie, estimait qu’un doublement de la concentration de CO₂ entraînerait vraisemblablement une hausse des températures de 1,5 à 5 o(2). Il reconnaissait déjà le fait que d’augmenter la concentration d’un gaz à effet de serre, en réchauffant l’atmosphère, enclencherait une série de réactions, dont une hausse de l’évaporation des masses d’eau. 

Cette augmentation de la quantité de vapeur d’eau, en amplifiant l’effet de serre, accélérerait davantage le réchauffement, entraînant encore plus d’évaporation et encore plus d’effet de serre (réaction en boucle), surmultipliant ainsi l’effet initial dans divers mécanismes de rétroaction. Heureusement, il ne s’agit pas d’une boucle sans fin, car l’évaporation entraînant un accroissement de la formation et de la densité des nuages, elle provoque ainsi un écran pour les rayons solaires, moins nombreux à réchauffer le sol. Ainsi, un nouvel équilibre s’établit, mais celui-ci se produit à un niveau de température sensiblement plus élevé. 

Bref, cela fait longtemps que tout cela est connu. Cela fait longtemps que l'on sait mesurer, avec une précision de plus en plus grande, la concentration de chaque gaz dans l'atmosphère ainsi que leur potentiel de réchauffement global. (Pour en savoir plus, voir: L'effet de serre, c'est quoi?)