En fait, la réalité est qu’entre 2003 et 2008 les émissions de CO2 d’origine humaine augmentaient plus rapidement que le pire des scénarios avancés dans les rapports du GIEC (voir la courbe noire – Observed emissions EIA, dans le graphique suivant). La chute de l’activité économique due à la récession sévère qui a suivi la crise financière de 2008 a cependant permis un léger déclin des émissions de CO2 , soit de 29,4 Gt en 2008 à 29,0 Gt en 2009.
Malgré que la reprise économique demeure timide et lente, nous avons toutefois assisté en 2010 à une augmentation record (+1,6 Gt) des émissions de CO2 (le record précédent était une hausse de 1,2 Gt en 2004). Comme on peut le constater sur le graphique ci-dessus, les émissions qui avaient été ramenées au milieu de la fourchette des différents scénarios du GIEC en 2009, sont reparties tout droit vers le pire scénario en 2010.
Actuellement, à la fois en termes d’émissions annuelles et cumulées de CO2, nos émissions suivent la trajectoire du scénario A2 (courbe orange du graphique ci-dessus). Selon ce scénario, les progrès anticipés en ce qui a trait à l’efficacité énergétique et le développement des sources d’énergie renouvelable seraient plutôt lents et tardifs, ce qui correspond assez bien à ce que l’on vit actuellement.
En route vers des concentrations de CO₂ de 850 ppm et un réchauffement de 4°C d’ici 90 ans?
Chaque année nous émettons une grande quantité de CO2, une quantité qui augmente sans cesse. Comme la capacité d’absorption de la nature est limitée (à environ 50 % de nos émissions annuelles), le CO2 et autres gaz à effet de serre s’accumulent dans l’atmosphère. Cela provoque une augmentation de la concentration de CO2, mesurée en termes de parties par million (ppm), laquelle est passée de 280 ppm au début des années 1800 à plus de 390 ppm actuellement. Ces gaz à effet de serre ont comme propriété de bloquer une partie des infrarouges, augmentant ainsi la température moyenne de la planète.
Quelles seront ces concentrations à la fin du siècle? Cela dépend des gestes que nous poserons afin de limiter nos émissions, de nos choix énergétiques, mais également de la croissance économique et démographique. Différents scénarios sont utilisés afin de mieux refléter l’étendue des possibilités. C’est précisément ce qu’ont présenté les équipes du GIEC.
À chacun de ces scénarios d’émissions de GES au fil du temps correspond un niveau de concentration de CO2 dans l’atmosphère. Le graphique suivant montre l’évolution de ces concentrations. Si nous continuons sur la même trajectoire avec des actions timides et limitées, en ligne avec le scénario A2, les concentrations de CO2 devraient dépasser les 850 ppm d’ici 2100 (courbe A2 sur le graphique).
À ce niveau de concentration de gaz à effet de serre, le consensus scientifique dégagé par le GIEC indique que la température devrait augmenter d’un autre 3,5 o C d’ici 2100 (courbe rouge – A2 au graphique ci-dessous), soit de 4o C au total depuis le début de l’ère industrielle. Et cela ne s’arrêterait malheureusement pas là, la température continuerait d’augmenter après 2100, les émissions demeurant dans l’atmosphère pendant plus d'un siècle.
Il ne s'agit évidemment que d'une projection, avec toutes les incertitudes inhérentes à ce type d'exercice fort complexe. Cela donne toutefois une idée assez claire du risque que l'on prend en repoussant sans cesse à plus tard des décisions difficiles mais nécessaires.
Tout retard dans la lutte au changement climatique a donc des implications importantes. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) notait, par exemple, que 80 % de la nouvelle capacité de production d’électricité d’ici 2020 est déjà sous construction ou en processus de l’être. À défaut de nouvelles politiques climatiques d’envergure, malgré plus de 20 ans de discussions et de négociations, les énergies fossiles continuent d’être la forme largement dominante de ces infrastructures qui fourniront l’énergie des prochaines 30 années.
C’est donc un cri d’alarme qu’a voulu lancer l’AIE, un organisme traditionnellement conservateur (n'ayant rien à voir avec les mouvements écologistes) qui dispense des conseils de politique énergétique à ses 28 pays membres (les grands pays développés) afin d’assurer leur sécurité énergétique par des approvisionnements en énergie fiables, propres et à des prix abordables. Il n'est pas trop tard pour agir et changer de trajectoire. Mais le temps presse car plus nous attendons, plus les ajustements devront être rapides, difficiles et coûteux.
Sources: Skeptical Science.com, IEA CO2 Emissions Update 2010 - Bad News - en ligne ici...
Rapport du GIEC, Bilan 2007 des changements climatiques - Rapport de synthèse (voir graphique p.46)
Rapport du GIEC, Bilan 2007 des changements climatiques - Rapport de synthèse (voir graphique p.46)











