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Eau et CO₂, deux priorités du nouveau plan quinquennal de la Chine


S’attaquer aux problèmes environnementaux, de la réduction des émissions de carbone à la pollution de l’eau, sera un élément clé du nouveau plan de cinq ans que la Chine compte lancer devant l’assemblée annuelle du Parlement. Le plan pour 2011-2015 comprendra de nouvelles directives visant à corriger certains dégâts causés par 30 années de croissance débridée, et il aura également pour objectif de donner un coup de fouet aux énergies renouvelables.



« La diminution, la détérioration et l’épuisement des ressources, ainsi que la détérioration de l’environnement sont devenus de sérieux goulots d’étranglement limitant le développement économique et social »,

Telle est l'affirmation du ministre de l’Environnement Zhou Shengxian.

Pour la première fois, le Premier ministre chinois Wen Jiabao a annoncé des objectifs de réduction de l'intensité carbone, c’est-à-dire la quantité de CO₂ produit par dollar de croissance économique de la Chine, indiquant un objectif d’une réduction de 16 à 17 pour cent d'ici la fin de 2015. Cet objectif figure dans le nouveau plan quinquennal de développement qui contribuera à la réalisation de l'engagement de la Chine à réduire l'intensité carbone de 40 à 45 pour cent d'ici 2020, par rapport au niveau de 2005. Cet objectif devrait être approuvé par le Parlement bientôt, en même temps qu’un engagement à accroître la proportion d’énergie renouvelable dans la consommation globale d'énergie primaire à 15 pour cent d'ici 2020.

Eau et CO₂, deux priorités du nouveau plan quinquennal de la Chine

Si l’accroissement de la proportion d’énergie renouvelable est une excellente nouvelle, la réduction de 16 à 17% de l’intensité carbone semble manquer d’ambition aux yeux de plusieurs observateurs, la majeure partie de cette réduction devant se produire même avec un scénario de « business- as-usual », autrement dit, sans intervention ni effort.

Il faut rappeler qu’une réduction en intensité ne signifie aucunement que les émissions réelles de CO₂ seront réduites, loin de là. Le cas du Canada en est un bel exemple. Entre 1990 et 2007, le Canada pouvait se vanter d’avoir réduit ses émissions de GES de 21 % en intensité. Toutefois, la croissance économique au cours de ces 17 années a été beaucoup plus forte que cette réduction d’intensité, le PIB canadien ayant augmenté de 60 %. Ainsi, les émissions totales de GES n’ont pas diminué. Au contraire, les émissions canadiennes de GES ont augmenté de 26 %, dépassant ainsi de 34 % la cible qu’il s’était fixée selon le protocole de Kyoto (voir à ce sujet la capsule Réduction d’intensité vs réduction absolue, à la fin de l’article Hausse des émissions de GES : à qui la faute?).

Eau et CO₂, deux priorités du nouveau plan quinquennal de la Chine

Que la Chine commence par restreindre l’intensité de ses émissions plutôt que ses émissions totales peut se comprendre et se justifier. Il s’agit encore d’un pays en développement. Une large portion de sa population vit toujours très pauvrement, de sorte qu’on doit lui laisser une chance de se développer pleinement. D’ailleurs, les Chinois ne produisent que 5 tonnes de CO₂ par habitant, ce qui est très peu. À l’opposé, le Canada est un pays déjà très développé, un pays riche. De plus, ses émissions de CO₂ par habitant dépassent les 19 tonnes, presque 4 fois plus que celle de la Chine (voir à ce sujet Émissions de CO₂ par habitant).

D'autre part, le plan quinquennal chinois prévoit aussi une intensification des efforts contre les formes de pollution nuisibles à la santé du 1,3 milliard de Chinois. Le quotidien China Daily rapportait que ce dernier prévoyait une réduction des émissions de cinq métaux lourds (plomb, mercure, chrome, cadmium et arsenic) de 15% par rapport à 2007. Le nombre de substances polluantes contrôlées devrait être également élargi. UBS Securities rapporte que "les oxydes d'azote (NOx) vont pour la première fois être inclus sur la liste des substances dont les rejets sont contrôlés".

Bref, nous retrouvons dans le plan quinquennal une série de mesures qui constituent autant de pas dans la bonne direction. Alors que certains gouvernements, tel le gouvernement conservateur de Stephen Harper au Canada, pointaient du doigt la Chine pour justifier leur inaction, cette dernière ne se limite pas aux belles paroles et réalise rapidement plusieurs engagements. Ainsi, la Chine a déjà dépassé ses objectifs précédents quant au pourcentage de sa consommation d’énergie provenant de source non fossile. Son nouvel objectif à ce chapitre : 11,4 % d’ici 2015. Et pour y arriver, elle prévoit installer une capacité additionnelle de 70 gigawatts d’installations éoliennes au cours des cinq prochaines années, ce qui dépasse son objectif de 2020 d’il y a à peine quelques années. Mais elle devra également compter sur la construction de centrales nucléaires pour une capacité additionnelle de 40 gigawatts d’ici 2015 pour limiter ses émissions de CO2, nous rappellent Deborah Seligsohn et Angel Hsu, du World Resources Institute, How Does China’s 12th Five-Year Plan Address Energy and the Environment?











Réal Trépanier
Lundi 7 Mars 2011



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