Un sujet brûlant d’actualité!
Quiconque est entré dans une automobile stationnée depuis quelques heures sous un soleil brûlant d’été a vécu concrètement une expérience d’effet de serre. La chaleur intense régnant à l’intérieur du véhicule dépasse largement la température extérieure ambiante. Cela est dû au fait que les vitres laissent pénétrer les rayons lumineux du soleil (ce qu’on appelle la lumière visible), mais retiennent une partie des rayons infrarouges qui réchauffent l’intérieur de l’habitacle, exactement comme dans les fours et les grils à infrarouges.
Or, plusieurs gaz dans l’atmosphère ont les mêmes propriétés de rétention de la chaleur (c.-à-d. des infrarouges) que les vitres d’une automobile ou d’une serre, d’où l’expression « effet de serre ». Ils retiennent et piègent une partie des infrarouges, les retournant vers le sol. Ils ont donc le même effet et réchauffent la planète entière.
Or, plusieurs gaz dans l’atmosphère ont les mêmes propriétés de rétention de la chaleur (c.-à-d. des infrarouges) que les vitres d’une automobile ou d’une serre, d’où l’expression « effet de serre ». Ils retiennent et piègent une partie des infrarouges, les retournant vers le sol. Ils ont donc le même effet et réchauffent la planète entière.
L’effet de serre : bénéfique ou maléfique?
Il faut comprendre que l’effet de serre est essentiel à la vie sur Terre. S’il n’y avait pas de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, la température moyenne sur Terre serait de -19 ̊ C [1]. Car toute l’énergie reçue du Soleil le jour serait dissipée aussitôt la nuit venue. Résultat : la vie telle que nous la connaissons ne serait pas possible dans ce désert glacial.
C’est la présence d’une certaine quantité de gaz à effet de serre (GES), naturellement générée et conservée en équilibre dans l’atmosphère, qui permet de maintenir au sol une température confortable d’un peu plus de 14 ̊ C en moyenne. L’effet de serre naturel est donc non seulement bénéfique, il est même essentiel à la vie [2]. Et tout cela se joue dans cette très mince couche nommée atmosphère qui, toute proportion gardée, n’a l’épaisseur que du vernis protégeant un globe terrestre.
Un équilibre fragile
Le problème vient qu’en raison de l’activité humaine et de l’accélération d’un certain type de développement très intensif en énergie fossile (charbon, pétrole et gaz), la quantité de gaz à effet de serre augmente de façon très rapide, au point de créer un déséquilibre inquiétant.
[iii: voir crédit-photo]
L’effet de serre sur Terre est dû à 60 % à la présence de vapeur d’eau, le CO₂ explique 26 % du réchauffement, l’ozone (O₃) 8%, le méthane (CH₄) et l’oxyde nitreux (N₂O) 6% [3]. Si à première vue la vapeur d’eau peut apparaître comme la principale responsable du réchauffement, il faut éviter de conclure trop vite. Elle ne constitue pas une cause du présent réchauffement. Elle contribue au réchauffement, mais en tant que conséquence des températures plus élevées qui provoquent l’évaporation de l’eau. D’ailleurs, dès qu’il fait plus froid, la vapeur d’eau condense, tombe sous forme de pluie ou de neige, et l’air devient plus sec l’hiver.
Cela explique donc pourquoi on se concentre toujours sur les autres gaz lorsqu’on identifie les « suspects » responsables du réchauffement. Mais si la vapeur d’eau est une conséquence du réchauffement et non une cause, elle n’en demeure pas moins une force puissante capable de multiplier l’impact de légères variations des autres gaz à effet de serre (appelée rétroaction positive), amplifiant le réchauffement initial [4].
Cela explique donc pourquoi on se concentre toujours sur les autres gaz lorsqu’on identifie les « suspects » responsables du réchauffement. Mais si la vapeur d’eau est une conséquence du réchauffement et non une cause, elle n’en demeure pas moins une force puissante capable de multiplier l’impact de légères variations des autres gaz à effet de serre (appelée rétroaction positive), amplifiant le réchauffement initial [4].
Si on exclut la vapeur d’eau, ce qui reste, c’est-à-dire « l’atmosphère sèche », est composé à 78,1 % d’azote (N₂), 20,9 % d’oxygène (O₂), et de 1 % d’autres gaz (dont l’argon et le CO₂, entre autres) [5]. La concentration de CO₂ en 2007 ne représente que 0,0383 % de l’atmosphère sèche. Une infime portion pourrait-on dire. Et pourtant, une aussi faible portion de CO₂ constitue LE principal gaz à effet de serre, ce qui témoigne de sa force. Or, confirme le GIEC, « le dioxyde de carbone a augmenté d’environ 35% pendant l’ère industrielle et on sait que cette augmentation est due aux activités humaines, en particulier à la combustion des combustibles fossiles et au déboisement » [6].
Ce n’est pas d’hier que l’on a identifié le CO₂ comme une menace à l’équilibre climatique. Dès 1896 un suédois, Svante Arrhenius, prix Nobel de chimie, estimait qu’un doublement de la concentration de CO₂ entraînerait vraisemblablement une hausse des températures de 5 ̊ C [7]. Il reconnaissait déjà le fait que d’augmenter la concentration d’un gaz à effet de serre, en réchauffant l’atmosphère, enclencherait une série de réactions dont une hausse de l’évaporation des masses d’eau. Cette augmentation de la quantité de vapeur d’eau, en amplifiant l’effet de serre, accélérerait davantage le réchauffement, entraînant encore plus d’évaporation et encore plus d’effet de serre (réaction en boucle), surmultipliant ainsi l’effet initial dans divers mécanismes de rétroaction. Heureusement, il ne s’agit pas d’une boucle sans fin, car l’évaporation entraînant un accroissement de la formation et de la densité des nuages, elle provoque ainsi un écran pour les rayons solaires, moins nombreux à réchauffer le sol. Ainsi, un nouvel équilibre s’établit, mais celui-ci se produit à un niveau de température plus élevée.
Mais le CO₂ n’est pas le seul gaz à effet de serre (GES) en hausse en raison de l’activité humaine. Le méthane (CH₄), produit en partie par le secteur agricole, l’industrie gazière, les marais et les sites d’enfouissement de déchets, est un GES 25 fois plus puissant que le CO₂. De même, l’oxyde nitreux (N₂O) provenant entre autres des engrais agricoles et de la combustion d’énergie fossile, avec une capacité de réchauffement 298 fois supérieure au gaz carbonique, est également responsable du réchauffement climatique [8]. (Voir la capsule sur le potentiel de réchauffement global et le forçage radiatif, plus bas)
Lorsque l’on tient compte de leur capacité de réchauffement respective, leur durée de vie ainsi que leur concentration dans l’atmosphère, il est possible de calculer la contribution au réchauffement de la planète de chacun de ces éléments. C’est ce qu’ont fait plusieurs équipes de scientifiques dont la synthèse des travaux a été publiée dans le dernier rapport du GIEC. La Figure vii présente les principaux facteurs ayant influencé le climat depuis 250 ans, soit depuis le début de la révolution industrielle [9]. On y présente les principales causes ayant « forcé » les changements climatiques en modifiant l’équilibre naturel qui prévalait depuis des millénaires.
Lorsque l’on tient compte de leur capacité de réchauffement respective, leur durée de vie ainsi que leur concentration dans l’atmosphère, il est possible de calculer la contribution au réchauffement de la planète de chacun de ces éléments. C’est ce qu’ont fait plusieurs équipes de scientifiques dont la synthèse des travaux a été publiée dans le dernier rapport du GIEC. La Figure vii présente les principaux facteurs ayant influencé le climat depuis 250 ans, soit depuis le début de la révolution industrielle [9]. On y présente les principales causes ayant « forcé » les changements climatiques en modifiant l’équilibre naturel qui prévalait depuis des millénaires.
On y constate clairement que de l’ensemble des facteurs liés aux activités humaines affectant le climat, l’augmentation de la quantité de CO₂ est de loin le plus important. Nous y reviendrons assurément. Mais si le passage d’une concentration de CO₂ dans l’atmosphère de 0.0285 % à 0.0379 % peut perturber le climat (hausse des températures, comme on peut le voir au graphique viii) [10], imaginons ce que cela serait si elle doublait, comme plusieurs le craignent, si nous n’agissons pas assez rapidement afin de corriger le tir!
Capsule sur le potentiel de réchauffement global et le forçage radiatif
Le CO₂ n’est pas le seul gaz à effet de serre en hausse en raison de l’activité humaine. Parmi d’autres, le méthane (CH₄), l’oxyde nitreux (N₂O) et plusieurs fluorocarbures (CFC, HFC, PFC) sont également responsables du réchauffement climatique. Aussi, c’est en tenant compte des effets en boucle, ces mécanismes de rétroaction, que la communauté scientifique a défini le potentiel de réchauffement global (le PRG), un concept créé afin de permettre de mesurer la capacité d’un gaz à effet de serre (GES) à piéger la chaleur de l’atmosphère. Il mesure la capacité de réchauffement qu’un kilogramme de GES aura sur une période de 100 ans, par rapport à celui d’un kilogramme de CO₂. C’est ainsi que l’on sait qu’un kilo de méthane (CH₄) a un effet réchauffant égal à 25 fois celui du CO₂. L’oxyde nitreux (N₂O) a, quant à lui, une capacité de réchauffement cumulée sur 100 ans de 298 fois supérieure au CO₂. [11]
[ix: voir Crédit-photo]
Le gaz méthane, deuxième plus important GES après le CO₂, a vu sa concentration passer de 715 ppb (parties par milliard) au début de l’ère industrielle en 1750, à 1 774 ppb en 2005, soit une augmentation de 148%. L’oxyde nitreux (N₂O) a vu sa concentration passer de 270 ppb à 319 ppb, une augmentation de 18%, sur la même période. [12]
Lorsque l’on tient compte de leur capacité de réchauffement respective, leur durée de vie (12 ans pour une molécule de méthane, 114 ans pour une molécule de N₂O), ainsi que leur concentration dans l’atmosphère, il est possible de calculer la contribution au réchauffement de la planète de chacun de ces éléments. C’est ce qu’ont fait plusieurs équipes de scientifiques dont la synthèse des travaux a été publiée dans le dernier rapport du GIEC. La Figure xi présente les principaux facteurs ayant influencé le climat depuis 250 ans, soit depuis le début de la révolution industrielle.
Lorsque l’on tient compte de leur capacité de réchauffement respective, leur durée de vie (12 ans pour une molécule de méthane, 114 ans pour une molécule de N₂O), ainsi que leur concentration dans l’atmosphère, il est possible de calculer la contribution au réchauffement de la planète de chacun de ces éléments. C’est ce qu’ont fait plusieurs équipes de scientifiques dont la synthèse des travaux a été publiée dans le dernier rapport du GIEC. La Figure xi présente les principaux facteurs ayant influencé le climat depuis 250 ans, soit depuis le début de la révolution industrielle.
On y présente le « Forçage radiatif » du climat [13], une expression qui résume simplement deux phénomènes. D’abord, le terme forçage est utilisé pour indiquer qu’un élément déstabilise l’équilibre naturel climatique en le poussant ou le forçant vers un réchauffement ou un refroidissement. Le terme radiatif précise que cela se produit en raison d’une modification à l’équilibre des radiations entre les rayons solaires entrants et les rayons infrarouges sortants au niveau de l’atmosphère. Le tout est exprimé en watts par mètre carré, c’est-à-dire une mesure de l’énergie (ou de chaleur, comme pour une chaufferette électrique), pour une surface bien précise.
Réal Trépanier
© 2010 Impact: Changements climatiques
Réal Trépanier
© 2010 Impact: Changements climatiques
RÉFÉRENCES: Pour en savoir plus sur le sujet...
[1] JOUZEL J. et DEBROISE A, (2004), Le climat : jeu dangereux, Édition Dunod, Paris 212p. voir p.67
[2] SCIAMA Y., Le changement climatique – une nouvelle ère sur la Terre, Petite Encyclopédie Larousse, Larousse 2005, p.11
[3] CAISSE DES DÉPÔTS, Repères CO₂ et énergie France et Monde, Caisse des Dépôts, Édition 2007, disponible sur le site Caisse des Dépôts: Repère - Chiffres clés du climat, France et Monde, Édition 2010 p.3
[4] GIEC (2007), QUESTIONS FRÉQUENTES, Question 1,1 : Quels sont les facteurs qui déterminent le climat de la Terre ? Disponible sur le site Rapport du GIEC 2007, Questions fréquentes, p.101
[5] CAISSE DES DÉPÔTS, Repères CO₂ et énergie France et Monde, Caisse des Dépôts, Édition 2007, disponible sur le site Caisse des Dépôts: Repère - Chiffres clés du climat, France et Monde, Édition 2010, p.3
[6] GIEC (2007), QUESTIONS FRÉQUENTES, Question 1,1 : Quels sont les facteurs qui déterminent le climat de la Terre ? Disponible sur le site Rapport du GIEC 2007, Questions fréquentes , p.101
[7] Svante Arrhenius, On the Influence of Carbonic Acid in the Air upon the Temperature of the Ground, Philosophical Magazine and Journal of Science, Series 5, Volume 41, April 1896, pages 237-276. Disponible sur le site http://www.globalwarmingart.com/images/1/18/Arrhenius.pdf,
[8] Pour plus de détails, voir VILLENEUVE C. et RICHARD F. (2007) Vivre les changements climatiques, réagir pour l’avenir, Éditions MultiMondes, 449p., chapitre 2
[9] GIEC (2007), QUESTIONS FRÉQUENTES, Question 2,1 : Quelle est la part des activités humaines dans les changements climatiques par rapport aux facteurs naturels? Disponible sur le site Rapport du GIEC 2007, Questions fréquentes , p.107
[10] PACHAURI R.K. et JALLOW B., Climate Change 2007 : The Physical Science Basis – Working Group I Contribution the the IPCC Fourth Assessment Report, présentation faite à Nairobi, le 6 février 2007. Disponible sur le site http://www.ipcc.ch/pdf/presentations/wg1-report-2007-02.pdf
[11] CAISSE DES DÉPÔTS, Repères CO₂ et énergie France et Monde, Caisse des Dépôts, Édition 2007, disponible sur le site Caisse des Dépôts: Repère - Chiffres clés du climat, France et Monde, Édition 2010, p.3
[12] GIEC (2007), QUESTIONS FRÉQUENTES, Question 2,1 : Quelle est la part des activités humaines dans les changements climatiques par rapport aux facteurs naturels? Disponible sur le site Rapport du GIEC 2007, Questions fréquentes , p.106
[13] Id. p.107
Crédit-photo
i. Source : Environnement Canada (2006) , Rapport de la commissaire à l’environnement et au développement durable, disponible au Bureau du vérificateur général du Canada
ii. Source : Nasa – La Terre vue de l’espace disponible sur le site http://www.nasa.gov/multimedia/imagegallery/index.html
iii. Source : Mission Interministérielle de l’Effet de Serre (MIES), disponible sur le site http://www.effet-de-serre.gouv.fr/l__essentiel
iv. CAISSE DES DÉPÔTS, Repères CO₂ et énergie France et Monde, Caisse des Dépôts, Édition 2007, disponible sur le site Caisse des Dépôts: Repère - Chiffres clés du climat, France et Monde, Édition 2010, p.3
v. id. , p.3
vi. Photo: http://www.photo-libre.fr">Photos Libres
vii. GIEC (2007), QUESTIONS FRÉQUENTES, Question 2,1 : Quelle est la part des activités humaines dans les changements climatiques par rapport aux facteurs naturels? Disponible sur le site Rapport du GIEC 2007, Questions fréquentes , p.107
viii. PACHAURI R.K. et JALLOW B., Climate Change 2007 : The Physical Science Basis – Working Group I Contribution the the IPCC Fourth Assessment Report, présentation faite à Nairobi, le 6 février 2007. Disponible sur le site http://www.ipcc.ch/pdf/presentations/wg1-report-2007-02.pdf
ix. CAISSE DES DÉPÔTS, Repères CO₂ et énergie France et Monde, Caisse des Dépôts, Édition 2007, disponible sur le site Caisse des Dépôts: Repère - Chiffres clés du climat, France et Monde, Édition 2010, p.3
x. GIEC (2007), QUESTIONS FRÉQUENTES, Question 2,1 : Quelle est la part des activités humaines dans les changements climatiques par rapport aux facteurs naturels? Disponible sur le site Rapport du GIEC 2007, Questions fréquentes , p.106
xi. Id. p.107
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1. Les caprices de la météo!